QUE M'A APPORTÉ LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE ?


Le retour de Florence sur 6 mois de formation à la pratique philosophique :

" Je crois avoir toujours été passionnée par la philosophie mais en Terminale, même si j’avais une prof absolument incroyable, je n’ai pas compris grand-chose. Je me souviens qu’après une démonstration époustouflante, j’en étais arrivée à penser que la Réalité que je vivais n’était qu’un rêve et que les rêves que je faisais la nuit était la Réalité. Un avant-goût de Matrix…

Je pense que j’ai touché à ce moment là ce qui représente pour moi la quintessence de la philosophie : comprendre le monde qui m’entoure. La question « qui suis-je ? » a ressurgi puis a rapidement disparu dans les dissertations très codifiées que l’on nous demandait. Il y a quelques années, en 2013, j’ai redécouvert la philosophie grâce à un ami qui m’a remis les pieds à l’étrier…L’année dernière, j’ai décidé d’expérimenter « la consultation philosophique » avec Laurence Bouchet. Cette démarche entrait logiquement dans la quête existentielle qui me traversait. « Philosopher, ce n’est pas accumuler des connaissances sur les philosophes, lire tous leurs livres, ce n’est pas seulement mettre en œuvre certaines compétences intellectuelles s’appuyant sur la raison mais c’est d’abord et avant tout se lancer dans une quête existentielle, une recherche exigeante d’authenticité et de vérité. » (Laurence Bouchet, Philosopher pour se retrouver, Marabout, 2015, p 19 ).


Qu’ai-je appris sur moi-même, qu’ai-je appris sur le monde ?

La consultation philosophique m’a permis d’acquérir plus de lucidité sur moi-même. Comment ? Les consultations sont filmées et permettent ainsi de revenir sur son attitude durant la consultation. Je me suis rendue-compte que je riais, parfois beaucoup, lorsqu’il y avait un sujet qui me gênait. J’aurais voulu me cacher dans un trou de souris et ne pas avoir à répondre à la question mais le praticien venait me chercher et au final j’expérimentais la joie de penser par moi-même et d’assumer mes contradictions. « Brusquement, le décalage entre ce que nous comprenons de nous-mêmes de l’intérieur et ce que nous connaissons de l’extérieur se réduit, une adéquation se produit qui met un terme à la duplicité et nous rend authentiques. » (ibid p 73 )

La consultation philosophique m’a permis de me débarasser (en partie) de mes préjugés et d’idées toutes faites que je promenais avec moi. Comment ? En m’attaquant avec l’aide du praticien à mes idées toutes faites. Souvent Laurence avec un sourire au coin des lèvres me disait : « ah et bien voilà une idée somme toute bien Florencienne… » Elle m’invitait à penser autrement ; ce qui n’est pas facile car on tient à ses idées comme on tiendrait au mât du bateau qui se met à chavirer. Qui serais-je sans cette idée préconçue ? « Nous ne sommes jamais allés chercher plus loin, nous ne nous sommes jamais interrogés sur le bien-fondé de cette idée. Cette idée nous plaît et cela suffit : notre attachement tient lieu d’argument. » (ibid p 104 )

J’ai aussi appris que j’avais du mal à argumenter lorsque le sujet était émotionnellement très fort pour moi. Un jour, Laurence me demanda un travail écrit d’argumentation. Sur 24 questions, peu de mes réponses étaient de véritables arguments. Mais pour une question, je n’en trouvais carrément aucun. Les animaux ont des droits : trouver deux arguments pour, deux arguments contre. Comme il était impossible pour moi que les animaux n’aient pas de droits, je peinais à trouver un argument. Je n’avais pas compris qu’argumenter c’était ouvrir mon esprit à d’autres points de vue sans nécessairement y adhérer. « Le trouble s’est saisi de moi avant la raison » dirait Montaigne. ( ibid p 106 ). Lorsqu’on tient à ses idées, on ne peut plus penser correctement. J’en ai eu la preuve. « L’atelier de philosophie consiste à se défaire des ces habitudes de propriétaire. Mais il faut, pour y parvenir, comprendre l’intérêt d’un tel détachement. » ( ibid p 107 )

J’ai appris que « philosopher c’est apprendre à mourir… ». C’est prendre connaissance de ses idées fixes, de ses envies, de ses désirs d’avoir raison et mourir « au désir d’être reconnue, au désir d’être aimée, et par conséquent accepter de se réfréner, accepter d’avoir tort, d’être mal considérée, de ne pas être aimée. » ( ibid, p 109 )

C’est là une des conquêtes les plus importantes que j’ai pu effectuer cette dernière année : apprendre des contradictions, des oppositions de points de vue et ne pas en avoir peur. « J’aime qu’entre hommes de bonne compagnie on s’exprime à cœur ouvert, que les mots aillent où va la pensée. Il faut fortifier notre ouïe et la durcir contre la mollesse du son conventionnel des paroles. Quand on me contredit, on éveille mon attention, mais non ma colère : je m’avance vers celui qui me contredit, qui m’instruit. » ( Montaigne , Essais, cité dans le livre de L.Bouchet p 101 )

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