ATELIER PHILO EN PRISON : COMMENT L'INTELLIGENCE TROUVE SON CHEMIN.


X est un homme d’une quarantaine d’année. Voilà 6 mois qu’il participe aux ateliers philo qui ont lieu toutes les semaines à la maison d’arrêt. Au début c’était un homme très effacé. Il donnait l’impression de ne pas comprendre, il ne prenait pas la parole et ne se positionnait pas pour dire s’il était d’accord ou pas avec une idée, même pas pour dire s’il comprenait ou pas. Mais lors des ateliers philo, je ne laisse personne à l’écart, personne roupiller tranquille. Un jour j’ai demandé à X s’il comprenait l’argument que nous venions d’élaborer. Il a répondu par l’affirmative, mais il s’est révélé incapable de le reformuler. Les autres participants se regardaient du coin de l’oeil, l’air de dire, celui-là, il ne comprend vraiment rien. Mais je n’ai pas lâché X qui petit à petit est devenu un peu plus visible. Il a commencé à parler, à s’exposer un peu plus à avoir moins peur de paraître bête. Jusqu’au jour où à la fin d’un atelier, il m’a apporté son premier dessin. J’étais pressée, je n’ai pas fait très attention, la semaine suivante il m’a présenté un nouveau dessin, cette fois j’ai été beaucoup plus attentive. Il m’a expliqué que les dessins portaient sur les ateliers. On pouvait y voir les participants aux ateliers et moi-même représentés par des animaux. Sur l’un des dessins, il est question de la colère, elle est importante car si on ne regarde pas la colère qui est en soi on ressemble à cette grosse pigeonne qui se fait prendre son petit, par contre grâce à sa colère, le vieux cerf chasse le jeune cerf qui est parti au verso de la feuille. Dans les dessins de X, il a des éléments clé au verso. Au verso du dessin d’une voiture banale on voit deux hirondelles, l’une d’elle sera bientôt heurtée par le véhicule. Quand on roule en voiture on ne se rend pas compte des dégâts que l’on fait m’explique X, voilà pourquoi le verso est important et si on est attentif on peut comprendre quand même, car par transparence, en regardant au recto on aperçoit l’hirondelle. Il y a deux semaines X est arrivé mal rasé, l’air fatigué. « Que vous arrive-t-il ? » lui ai-je demandé. « Depuis que je me suis remis à dessiner, je ne dors plus beaucoup » m’a-t-il répondu. Hier j’ai pris la position du tigre, pour comprendre comment dessiner ses pattes et j’ai recommencé le dessin 30 fois de suite ». « Mais vous avez déjà dessiné dans votre vie ? » « Oui quand j’étais à l’école on se moquait de moi et je faisais des fautes d’orthographe, j’étais puni, je me sentais nul. Alors je partais dans la forêt et je dessinais sur les arbres avec mon couteau. » Ce matin j’ai exposé tous les dessins de X sur la table. Tout le monde a été surpris et le visage de F était même ébahi « Tu n’es vraiment pas si con ! » s’est-il exclamé.

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