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UN PÉRIPLE PHILOMOBILE AU CANADA

PHILOMOBILE AU CANADA.

Arrivée le 5 septembre 2022 avec la Philomobile québécoise de mon amie Dominique Poulin à Rivière-du-Loup, une petite ville au bord du Saint-Laurent. (Dominique a repris de l'autre côté de l'Atlantique le concept de Philomobile et elle vadrouille philosophiquement elle aussi à travers l'Amérique du Nord).

On installe notre pancarte au bord d'une cascade. Deux personnes nous rejoingnent pour philosopher. Nous posons quelques questions philosophiques à partir de leurs situations vécues.

Dans quelle mesure faut-il se sentir concerné par une injustice pour pouvoir la combattre ?

Faut-il renoncer à ses convictions par amitié ?

Dans nos relations avec les autres qu'est-ce qui dépend de nous qu'est-ce qui n'en dépend pas ?



6 et 7 septembre, nous poursuivons notre questionnement philosophique avec les Acadiens (habitants du Nouveau Brunswick qui parlent anglais et français et parfois le "chiak" un mélange des deux langues). Rachel est préoccupée par l’existence de Dieu qui selon elle, a créé l’univers.

Rachel se rassure en pensant que Dieu existe et qu’il écoute ses prières. Cette croyance l’aide aussi à supporter les douleurs de son existence et à se donner du courage.

Pourquoi croit-on en Dieu ? Est-ce pour se rassurer face aux nombreuses incertitudes de l’existence ? Pour se consoler des malheurs qui parfois nous tombent dessus ? Pour garder espoir, foi en l'existence ?

Dominique demande : mais qu’est-ce que cela change de croire que Dieu a créé l’univers ?

Rachel n’a pas de réponse à cette question, après tout Dieu pourrait bien la consoler et lui donner du courage sans avoir rien créé comme peut le faire un ami.

En regardant le soleil se lever sur la mer, les oiseaux voler par deux en frôlant l’eau lisse comme un miroir, en écoutant le chant des phoques qui ressemble à une étrange plainte, en contemplant cette nature qui, où que l'on tourne son regard, a cette façon douce et majestueuse de s’imposer au Canada, j’ai ressenti de la gratitude et de la joie et j’ai pensé qu’il y a peut-être quelque chose d’un peu divin, de miraculeux qui nous saisit face à la beauté.


LE SENS D'UN VOYAGE EN PHILOMOBILE

Avec Dominique nous prenons aussi le temps de nous questionner sur le sens de notre façon de voyager.

Pourquoi questionner les personnes que nous rencontrons? D’abord parce que c’est une façon stimulante de voyager : ne pas regarder seulement les paysages mais prendre le temps de s’intéresser et de comprendre un peu les personnes qui les habitent.

Ensuite c’est se mettre aussi au défi soi-même, car aller vers l’autre demande un petit effort et aller vers lui pour lui proposer de faire de la philosophie est une gageure. Beaucoup de personnes sont inquiètes à la seule prononciation de ce mot. Elles tentent alors de fuir en prétextant qu’elles n’ont pas le temps, qu’elles doivent s’occuper de leurs enfants ou de leur mari, qu’elles sont enrhumées, qu’elles veulent juste marcher sans réfléchir, etc, etc. Donc quand on est praticien philosophe, il faut prendre l’habitude de se faire envoyer bouler. On peut s’en amuser car c’est tout un art plus ou moins subtil de congédier les étranges philosophes que nous sommes et de notre côté nous pouvons observer les raffinements de cet art.

Certaines personnes sont tout de même volontiers partantes pour passer un moment de réflexion avec nous. Elles s'arrêtent, prennent le temps. Alors nous proposons de partir d’une question qu'elles se posent. Pour l’instant les questions ont porté sur Dieu, le pardon, les apparences, la beauté, les addictions, la mort. Parfois des idées ou des questions stimulantes émergent de la discussion, elles continuent alors à nous nourrir et faire leur chemin dans nos têtes, dans nos vies. Je pense par exemple aux questions sur le pardon posées avec Rachel. Pourquoi pardonne-t-on ? Est-ce pour passer à autre chose et se libérer d’un poids ? Dans ce cas, pardonner reviendrait à oublier, à tirer un trait. Ou bien pardonne-t-on pour réparer un lien abîmé qui pourrait même se consolider en passant par cette étape ?

Enfin philosopher de cette manière implique un certain savoir faire : poser la bonne question au bon moment, celle qui poussera un peu plus loin la réflexion, qui permettra d'approfondir ou de voir les choses sous un autre angle, celle qui permettra des prises de conscience. Ce savoir-faire peut toujours être amélioré et philosopher de la sorte est une source d'apprentissage permanent.



LÀ OÙ LE VENT NOUS POUSSE

Avec Dominique, le voyage se déroule simplement. Nous ne nous posons pas de questions sur la destination, nous avons l’impression de voyager au gré du vent tellement les choses se déroulent tranquillement. Nous ne savons pas à l’avance où nous dormirons le soir. Dans la journée nous installons la pancarte « qui veut jaser avec deux philosophes » à un endroit où il y a du passage. Puis nous philosophons avec toutes sortes de personnes.

À la nuit tombée, nous garons la Philomobile dans laquelle Dominique dort et j’installe la petite tente où je dors dans un champ à côté. J’ai rarement connu un si bon sommeil.

Parfois nous réfléchissons à la petite équipe que nous formons toutes les deux et à l’amitié qui nous lie.

Quelle différence entre voyager toute seule ou à deux ? Chacune, nous avons l’expérience du voyage solitaire. Seule il n’y a pas de contrainte autre que matérielle. On s’arrête quand on veut, on repart quand on veut, aucun compte à rendre, sur ce plan-là on reste donc dans son petit confort. Toutefois cela coûte un peu plus d’efforts pour aller questionner les autres dans les lieux publics, à deux on s’encourage, c’est plus facile.

Seul.e on risque de tourner en boucle, il n’y a personne pour partager les expériences et pour nous remettre en question, mais à deux on risque aussi de se prendre la tête pour des broutilles : l’un.e veut aller à droite quand l’autre veut aller à gauche, l’un.e veut aller au restau, quand l’autre préfère pique-niquer, l’un.e veut ranger la glacière ici et l’autre là.

Avec Dominique nous ne mettons aucun enjeu dans ce type de désaccord, nous savons qu’il ne s’agit que de broutilles, des détails sans importance, nous avons appris à hiérarchiser. Nous sommes d’accord sur l’essentiel : les désaccords sont riches quand ils nous permettent de réfléchir et d’avancer.

Dominique et moi nous ne sommes pas faites de la même farine. Dominique est plutôt nonchalante tandis que je suis assez active. J’ai envie de bouger, de voir du pays, lire, écrire, Dominique peut rester tranquille, immobile.

Par nos façons d’être nous nous mettons en question mutuellement et c’est ce qui est riche. Je vois bien les dérives de mon mode d’être : ne pas s’arrêter, en vouloir trop, mettre la barre trop haut, me fatiguer et fatiguer les autres. Le mode d’être de Dominique a aussi ses limites : se laisser aller, s’endormir, ne plus éprouver de stimulation. Nous ne sommes pas toujours d’accord mais nos désaccords nourrissent chacune de nous. Ils permettent de ne pas tomber dans notre propre caricature, mais plutôt de se corriger l’une par l’autre.

En général les humains n’aiment pas trop les désaccords, mais les philosophes les cultivent au contraire, il est très stimulant de ne pas voir les choses de la même manière, cela permet d’élargir son horizon.

En voyage nous allons donc où le vent nous pousse, mais nous mettons une certaine exigence à mener nos existences : prendre le temps de se questionner, d’échanger, de mieux se comprendre.


PHILOSOPHER À LA STATION SERVICE

Avec Dominique, nous installons notre pancarte « chat with two philosophers » devant une station service, ce n’est généralement pas un lieu de discussion philosophique…On y est pressé d’aller payer son essence et de reprendre le volant.

La station service, n’est-elle pas le lieu emblématique de nos sociétés de consommation ? De nos sociétés privées de temps et de sens ?

N’est-ce pas là aussi, dans une station service plus qu’à l’université où l’on s’adresse à un public déjà trié que la philosophie peut avoir sa place ?

La plupart des gens sont pressés, ils sont au travail, ils ont sur la tête un casque avec une oreillette qui les rappelle à l’ordre pour que la pause cigarette ne s’éternise pas, ou bien ils doivent aller chercher la pizza qu'ils ont commandée. Aller, venir, sans savoir pourquoi, parce que c'est comme ça.

Je remarque que les seuls finalement qui sont disponibles, ce sont des personnes que la vie a un peu cabossées : maladie, accident, marginalité, deuils, ruptures en tout genre, des personnes qui ont pris un peu le temps de se poser de s’arrêter et de se dire : ça suffit ce cirque maintenant, on veut faire quelque chose de notre vie, arrêter de consommer en permanence et de courir on ne sait où.

Est-ce que pour donner un sens à sa vie, il faut sentir à un moment qu'elle ne va pas de soi, qu'elle est incertaine et fragile ?

Dans la réserve d'Esgenoöpetitj, c’est finalement Linda qui aura le plus de temps à consacrer à la réflexion philosophique. Elle est d’origine Micmac, ce peuple qui habitait le Canada avant l'arrivée des colons français et anglais. Quand un jour elle a découvert la philosophie stoïcienne, elle s’est dit que finalement ses parents en étaient proches par leur capacité à accepter les choses telles qu’elles sont, à s’adapter à la réalité et à transformer leurs désirs plutôt que l'ordre du monde. Philosophie qui n’est pas en accord avec le modèle nord américain où l’on a tendance à vouloir toujours plus de biens, plus de commodités au risque de s’amollir, de se fragiliser et de perdre le sens des valeurs.

Mais nous parlons aussi avec Dale qui doit apprendre à vivre avec son cancer qui lui est tombé dessus précocement, et puis aussi avec Shila qui croit en la réincarnation et encore avec un monsieur qui a des visions. Je remarque que pas mal de personnes que nous rencontrons ici au Canada, disent être en lien avec l’au-delà, peut-être un besoin de spiritualité, de sens dans un monde qui paraît assez insensé à force d'être matérialiste et arriviste.


DANS UN FAST-FOOD, PHILOSOPHER SUR LA SAGESSE

Un vent glacial s’est mis à souffler sur l’Acadie, pour l’instant plus question de philosopher dehors ; qu’à cela ne tienne, nous allons donc philosopher à l’intérieur. Nous entrons dans un fast-food Tim Hortons. Avec Dominique, nous craignons de nous faire rembarrer comme cela s’est produit l’autre jour au musée du village acadien. Une femme du staff, sa cheffe étant absente, n’a pas voulu assumer la responsabilité de nous laisser philosopher dans ce lieu. Dans le fast-food nous craignons la même réaction de la part du serveur. Mais non, à notre surprise cela ne lui pose aucun problème. Nous nous installons donc avec notre pancarte.

Un groupe d’hommes d’un certain âge se trouvent là. Ils parlent le Français acadien avec un accent très prononcé ou encore le chiak, un mélange de français et d’anglais. Au début nous peinons à nous comprendre.

La conversation démarre avec Omer qui aime raconter des histoires et faire rire. Dean parle de chasse à l’orignal. Bernard parle des Micmac qui ont aidé les premiers colons en leur apprenant comment survivre dans cette nature belle mais rude. D’eux ils ont appris entre autres des techniques de chasse et de pêche. En les écoutant, je pense que face à la rudesse des conditions, les humains s’entraident. Petits paysans venus de France et indiens Micmacs ont partagé les mêmes difficultés. Mais comme toujours ce sont les hommes de pouvoir qui ont intérêt à séparer ceux que tout unit. Les plus puissants, les « gouvernants » ont poussé les différentes communautés à se faire la guerre.

N’en est-il pas toujours de même ? toujours la même histoire, ceux qu’on pousse à se battre entre eux ont bien plus en commun que ceux pour lesquels ils se battent.

La conversation avec les Acadiens du fast-food, part un peu dans tous les sens, elle est tantôt légère, tantôt plus profonde, il faut le temps de s’apprivoiser pour commencer à philosopher. Jean-Guy se plaint de manquer d’instruction et se dit incapable de penser. Là encore, cela me donne à réfléchir, combien de fois sur ma route ai-je rencontré des personnes qui se disaient incapable de penser ! D’où vient une telle inhibition ? Quel est le rôle de l’éducation et même de l’école dans la fabrication de tels complexes d’infériorité ? Souvent je constate aussi que mis un peu en confiance, il est possible d’avoir des réflexions profondes et intéressantes.

Au bout d’un moment de discussion, les masques tombent, ces hommes se livrent avec beaucoup de franchise sur les difficultés de leurs existences et les questions qu’ils se posent. Des difficultés et des questions que nous rencontrons tous finalement, problèmes familiaux, problème de couple, peur de la mort, sens de la vie, quête de vérité.

Jean-Guy a compris seulement tardivement pourquoi sa mère qui a eu 10 enfants était alcoolique et quelles conséquence cela a eu sur ses difficultés à l’école : souvent au lieu d’écouter le maitre, il se demandait où elle était passée.

Avec les gars du fast-food nous posons donc la question : la compréhension de nos déterminismes nous fait-elle accéder à la sagesse ou bien à un moment donné, vaut-il mieux cesser de chercher à comprendre pour être sage ?




RENCONTRE AVEC LE PHILOSOPHE QUÉBÉCOIS ALAIN DENEAULT

À Shippagan une petite ville du Nouveau Brunswick, nous avons pris un café avec le philosophe Alain Deneault. Ce philosophe francophone s’est fait connaitre d’un public assez large, il y a quelques années par la publication d’un livre, "Noir Canada" dans lequel il dénonçait les méfaits de compagnies minières canadiennes dans plusieurs pays d’Afrique. Son ouvrage lui a valu des intimidations de la part des responsables de ces compagnies. Alain Deneault, qui est un homme doux et discret, n’a donc pas la langue dans sa poche quand il s’agit de parler pour dire quelque chose. Sur le plan universitaire, il a choisi aussi de garder une liberté et il ne se gène pas pour dire ce qu’il pense du système académique dans son livre "La Médiocratie". Là aussi cela ne lui a pas fait que des amis, mais peu lui importe, il est très heureux d’enseigner dans la petite université de Shippagan. Son analyse peut nous donner à réfléchir à propos de ce qui se passe dans les universités françaises. Alain Deneault compare, le rapport de l’étudiant avec l’université à la relation destructrice qu’une personne peut avoir avec un pervers narcissique. Tout commence par le moment des rêves les plus fous, l’université sélectionne ses « meilleurs étudiants » et leur fait miroiter qu’ils sont promis à un avenir radieux. Puis elle les pousse à se spécialiser dans un domaine très restreint, les isolant ainsi d’un champ de réflexion plus riche et fécond, chacun son petit domaine. L’étudiant devenu thésard, ne parle plus qu’à lui-même et à un petit cercle de spécialistes qui s’enferment dans un microcosme déconnecté du reste de la société. À l’intérieur de ce microcosme les humiliations, les jalousies et la lutte pour les postes vont bon train, ce qui n’a rien d’épanouissant et laisse de côté le goût de la réflexion et du questionnement. L’intelligence s’enferme ainsi et risque de se scléroser (un article du Monde, daté du 11 septembre 2022 corrobore d’ailleurs cette analyse « plus un chercheur pluridisciplinaire est performant, moins il est susceptible d’être accrédité par ses pairs »).

Aujourd’hui alors que nous philosophions avec Dominique, installées sur un banc dans un parc de la ville Moncton, j’ai repensé aux analyses d’Alain Deneault. Un homme nous a croisées sur son chemin. Comme nous l’avons interpellé pour venir dialoguer avec nous, il nous a dit qu’il enseigne la philosophie à l’université. Ravies, nous avons alors pensé qu’il aurait de la curiosité pour notre approche et qu’il se joindrait à nous. Quelle ne fut pas notre stupeur lorsqu’il nous a expliqué qu’il ne travaillait pas le week-end. Nous qui aimons la philosophie, cela nous a fait le même effet que si Juliette disait qu’elle aime Roméo sauf le samedi et le dimanche.

Nous avons alors pensé que cet universitaire a dû tellement se spécialiser que finalement, il pense n’avoir plus rien de commun avec l’homme de la rue. Il n’a rien à lui dire et ne s’intéresse pas à lui. En outre, son activité intellectuelle est devenue un simple gagne-pain. Cela fait penser à ce qu’écrit Hannah Arendt dans la "Condition de l’homme moderne" : nous vivons maintenant dans une société où rien n’est gratuit, et même chez « les intellectuels, il ne reste que quelques solitaires pour considérer ce qu'ils font comme des œuvres et non comme des moyens de gagner leur vie. » Alors comment empêcher que l’intelligence ne se sclérose ?



FIN DU VOYAGE PHILOMOBILE ET CONSIDÉRATIONS SUR L' AMITIÉ. Le voyage en Philomobile en Acadie s’est achevé le 20 septembre 2022.

C’est fou comme après avoir passé 15 nuits sous la tente, dormir dans un lit m’a paru une chose extraordinaire ! Les privations lorsqu’elles sont choisies, ont ce pouvoir de nous faire par contraste, apprécier pleinement des choses qui pourraient paraître banales.

Lors de ce périple, nous avons rencontré toutes sortes de personnes comme Dominique et moi en avons témoigné régulièrement sur nos murs FB. Notre amitié s'est renforcée de cette nouvelle expérience (en 2018 nous avions fait un voyage Philomobile jusqu’au Maroc). Cela m’a fait réfléchir de façon plus générale à l’amitié, ce sentiment qui peut unir les humains. Comment le définir ? De quoi est-il composé ?

- Des valeurs en commun. Il me semblerait difficile d’éprouver une amitié pour une personne avec laquelle je ne partagerai aucune valeur. Dominique et moi, nous partageons en commun le goût pour la vérité, pour la beauté et pour l’amour. Ces valeurs qui nous animent, peuvent dans certains cas entrer en tension. Par exemple, la vérité peut mettre à mal l’amour qu’on a pour une personne. Dans certains cas une vérité ne sera pas constructive pour notre ami.e et il vaut mieux se taire, dans d’autres cas, dans la plupart des cas, lui dire la vérité peut l’aider à faire face à la réalité plutôt que de vivre dans l’illusion. Que faut-il choisir alors de faire passer en premier la vérité ou l’amour ? La réponse ne sera jamais définitive et c’est cette tension qui est intéressante car elle nous oblige à toujours être attentif à la situation telle qu’elle se présente. Il n’existe pas de réponse définitive, pas de solution miracle et toujours il faut faire marcher son coeur et sa raison.

- Des expériences vécues ensemble Il ne suffit pas bien sûr de partager certaines valeurs avec une personne pour être son amie. Encore faut-il que ces valeurs s’incarnent dans l’existence, qu’elles se mettent à vivre dans l’action, dans les moments partagés et pas seulement dans la théorie. Pendant ces quinze jours, nous avons eu l’occasion de contempler la beauté des paysages, de chercher la vérité en posant des questions et en écoutant celles des personnes que nous avons rencontrées, en réfléchissant ensemble à de possibles réponses. Nous avons vécu toutes sortes d’émotions et même une grande frayeur lorsque nous avons été menacées dans la nuit par un fou. Mais nous avons su faire face et surmonter ensemble ce moment désagréable, ce qui nous a soudées.

- Un franc-parler. L’amitié ne s’accommode pas de dissimulations et d’arrières pensées qui finissent par fausser la relation, par laisser grandir les rancœurs. Mieux vaut dire les choses, même si elles ne sont pas toujours très agréables à entendre. Les ami.e.s se font suffisamment confiance, les désaccords et ce qui pose problème ne brisera pas leur lien. Ils savent que les désaccords peuvent même être féconds à la condition de prendre le temps de les examiner. Ils donnent à réfléchir, ils créent ces tensions qui poussent à penser. Souvent nous rejetons les désaccords avec précipitation, nous faisons comme s'ils n'existaient pas ou bien nous cherchons à nous défendre ou nous accusons l’autre. Penser vraiment le désaccord demande un effort, cela implique de se poser, de s’arrêter, de prendre le temps de regarder le problème, de le contempler même dans sa clarté, de suspendre la réponse qui nous vient spontanément à l’esprit, d’en examiner d’autres. Dans l'amitié, ce franc-parler s’établit sur un fond de confiance en soi et en l’autre.

- La joie partagée. Une relation d’amitié fait ressentir de la joie. Spinoza dit que l’amour, c’est la joie qu’on éprouve à l’idée d’une cause extérieure. Lorsque je pense à une personne que j’aime, cela me rend joyeux.se. En présence de cette personne ou en pensant à cette personne, on sent sa puissance d’exister augmenter. Chacun a pu en faire l’expérience, il y a ces moments où l’on rit ensemble avec un.e ami.e, où l’on se sent le cœur léger, où la joie nous donne une puissance. Et puis la joie, émotion passagère, se transforme petit à petit en un sentiment plus durable. L’amitié, c’est une stabilité gagnée sur le fond toujours incertain de l’existence, une stabilité d’autant plus précieuse que nous la savons fragile. La confiance naît, nous savons qu’auprès de cet ami.e nous retrouverons cette émotion joyeuse, attentifs l’un.e à l'autre, nous nous communiquerons un élan, un goût de vivre.




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