Atelier philo pour enfant, classe de CE2 : comment prendre confiance en soi ?
Au passage nous travaillons la rigueur de l'objection car bien souvent quand nous disons que nous ne sommes pas d'accord nous n'avons pas pris en compte le point de vue auquel nous prétendons objecter. Nous ne faisons en réalité qu'ajouter une nouvelle opinion à une autre. Dans ce cas il s'agit plutôt d'un désir d'expression que d'un effort de réflexion...et pour penser, il faut savoir renoncer au simple désir de s'exprimer.

Des petites filles donnent leur point de vue sur le mariage. Inviter les enfants à se poser des questions et à trouver eux-mêmes leur réponses en en comparant celles des uns et des autres.

Comment se décentrer pour philosopher. Parce que penser d'un point de vue philosophique ne consiste pas à dire tout ce qui nous passe par le tête, les enfants apprennent ici à ne pas s'exprimer systématiquement, à ne pas lever la main à tout bout de champ et à comprendre aussi l'impact de leur attitude sur les autres enfants. Atelier avec 5 petites filles.

Lors d'un atelier de pratique philosophique tel que je les propose, les enfants sont conduits à développer non seulement des compétences philosophiques (savoir proposer des arguments, donner des exemples, proposer des objections, etc) mais aussi des attitudes philosophiques : faire cesser l'urgence, se poser, se concentrer, écouter, réfléchir avant de parler, assumer son hypothèse, prendre confiance en soi, écouter ce que dit l'autre sans chercher à tout prix à dire ce que je veux dire. Pour cela ils sont conduits à prendre conscience d'eux-mêmes. Par exemple que se passe-t-il quand je lève la main alors que l'animateur est en train de parler avec un autre enfant ? Pourquoi est-ce que je lève la main en me tortillant sur ma chaise ? Être pressé de parler cela-aide-il à penser ? Le débat se déroule donc à deux niveaux : 1) le contenu de la réflexion et 2) méta-cognitif.

 

Vidéo de pratique philosophique avec des adolescents S’intéresser à l’autre, le conduire à s’intéresser aussi à lui-même, non seulement à penser, mais à penser ce qu’il pense. Au début de la séance, des adolescentes sont arrivées, agitées, se bousculant les unes les autres. L’une d’elles peine à se poser, alors je lui propose un jeu, changer de prénom le temps de la séance, juste pour essayer une autre posture existentielle. En changeant de prénom, elle ne sera plus cette jeune fille précipitée, elle jouera un autre jeu que son jeu habituel (il me semble que nous jouons tout le temps des jeux, mais que la plupart du temps nous n’en avons pas conscience). Durant tout le temps de l’atelier, elle joue donc un autre jeu, se mettant à l’écoute et proposant ses idées de façon plus posée. Je questionne ces adolescents à partir d’un conte : faut-il réfléchir à ce que nous faisons ? D’un côté, il semble qu’il vaille mieux le faire, pour comprendre par exemple quand nous sommes responsables de quelque chose, mais de l’autre réfléchir trop peut nous paralyser. C’est d’ailleurs ce qui arrive à une autre jeune fille qui veut tellement donner une bonne réponse qu’elle ne sait pas quoi dire, elle n’ose pas proposer une hypothèse dont elle n’est pas certaine. Les ateliers se déroulent donc à un double niveau le contenu des idées qui sont développées par des questions, des arguments, des objections, des exemples et la prise de conscience de nos fonctionnements cognitifs. Pourquoi je me bloque, pourquoi je me précipite, pourquoi je pense objecter, alors que je dis la même chose, pourquoi je m'entête sur une idée etc.

Dans ce montage (réalisé à partir de la vidéo d'un atelier d'une heure avec deux enfants de 5 ans) je mets en avant le travail sur les attitudes. L'enfant est invité à prendre conscience de sa façon de prendre la parole. Lève-t-il la main ou pas ? Est-il pressé de dire ce qu'il a à dire ? Pourquoi le maître ou la maitresse instaurent-ils des règles de prise de parole ? Ma démarche de praticienne philosophe implique de ralentir le flux, d'apaiser des inquiétudes pour permettre à la pensée d'émerger. J'invite les enfants à se poser des questions sans apporter moi-même de réponse. Je fais en sorte aussi de les pousser à dépasser leurs blocages. Par exemple à 1mn38 Noé dit qu'il n'a pas de cerveau. Pourquoi dit-il cela ? Probablement parce qu'il ne trouve pas de réponse, parce qu'il a peur de ne pas en trouver. Il cherche alors un moyen pour se défausser mais je ne rentre pas dans son jeu afin qu'il continue à chercher tranquillement sans craindre de ne pas trouver de réponse immédiate.