La pratique philosophique telle que nous la concevons se distingue de l’enseignement traditionnel de cette discipline. Elle n'est pas un cours ou une conférence, lesquels attendent des auditeurs une écoute plus ou moins active, plus ou moins participative. 

 

La pratique philosophique invite chacun à s’exercer à penser en produisant des arguments ou des objections, des concepts et donc à développer un certain nombre de compétences propres à la démarche philosophique.

 

L'exercice de ces compétences permet le développement d'un certain nombre d'attitudes : savoir s'engager dans ce qu'on dit, assumer sa parole devant les autres, dire son désaccord sans s'enfemer dans ses émotions, ne pas craindre l'erreur, développer son empathie en comprenant le point de vue de l'autre, être capable d'abandonner une idée sans se crisper lorsqu'on en rencontre une meilleure.

 

Ce travail philosophique s'accompagne donc d'une mise à l'épreuve de soi-même. Il implique une certaine prise de recul et par conséquent une certaine connaissance de soi. En effet comment pourrais-je m'exercer à devenir plus clair si je n'ai même pas conscience d'être confus ? Comment pourrais-je comprendre le point de vue de l'autre, si je ne vois même pas que je suis accroché au mien comme une huître à son rocher ?

 

Le philosophe praticien lors des ateliers ou des consultations qu'il mène, invite à travailler la pensée un peu comme un artiste travaille la matière. De même que le sculpteur utilise le burin pour donner une forme à la pierre, de même le philosophe utilise le questionnement pour donner forme à la pensée. Par les questions qu’il pose, à l’instar de Socrate, il fait émerger chez ses interlocuteurs des arguments, des concepts, des problèmes, des idées qui se mettent à vivre ou à revivre. 

Ce travail tout comme celui de l’artiste, implique de rencontrer ce qui résiste, car ce sont précisément les résistances qui permettent d’aboutir à une forme. Dans l'atelier de philosophie donc comme dans n'importe quel atelier, tout le monde travaille, on essaie des idées, souvent on se trompe, c’est la condition pour modifier, rectifier.