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LE DIALOGUE PHILOSOPHIQUE, UNE CERTAINE PRATIQUE DE L'AMITIÉ




Une philosophie orale, retour à la maïeutique socratique.

Le mot révolution indique à la fois un changement radical, un bouleversement mais aussi un retour au point de départ. Ainsi quand on parle de la révolution d’une planète cela signifie qu’elle a accompli un cycle, elle retourne à un point par où elle est déjà passée. 

Pour cette raison, le terme de révolution me semble particulièrement bien adapté à Socrate et à sa pratique du dialogue maïeutique (l’art d’accoucher les esprits). S’inspirer de sa méthode de dialogue, c’est révolutionner nos façons d’échanger mais aussi revenir au point de départ, ne pas faire table rase du passé. Enrichis du chemin parcouru, nous retournons à cette façon de dialoguer qui a eu lieu au 5ième siècle avant JC.


Socrate n’écrivait pas de thèse, pas d’article, pas de dissertation. Il ne faisait pas de conférence, il ne dispensait pas son savoir face à un public d’auditeurs plus ou moins passifs. Il engageait ses interlocuteurs en les interpellant.  Socrate disait que la seule chose qu’il savait c’est qu’il ne savait rien. Il avait choisi de philosopher en dialoguant, c’est-à-dire en demandant à ses contemporains ce qu’ils pensaient de telle ou telle question, pour les provoquer parfois par son ironie et savoir ainsi à qui il avait affaire, pour les pousser à questionner leurs opinions voire à en changer.

La forme du dialogue a été largement oubliée dans la tradition philosophique occidentale. L’exposition de doctrines, le développement et l’écriture de thèses, lui ont été préférés. 


Je suis consciente qu'il y a une contradiction à écrire un texte pour parler du dialogue vivant…Aussi cet écrit, pour celles et ceux qui prendraient le temps de le lire, n’est-il pas une fin en soi, il ne prend son sens qu’une fois la lecture terminée, il ouvre sur ce qui le dépasse et qu’il ne peut pas remplacer : le dialogue philosophique vivant.


Dans le Phèdre de Platon, Socrate critique l'utilisation de l'écriture et, par conséquent, de la lecture. Selon lui, la lecture nous plonge dans l'illusion : après avoir lu, nous croyons savoir (ce qui nous rend prétentieux), mais ce savoir demeure superficiel. Avec l'avènement d'Internet, des moteurs de recherche et de l'intelligence artificielle, la critique de Socrate est d'autant plus pertinente. Nous avons accès à une masse considérable de connaissances, mais qu'en faisons-nous ? Cette abondance de savoir ne nous dispense-t-elle pas de l'exercice de notre mémoire et de notre réflexion ? Cette dernière suppose une certaine lenteur, le temps de la méditation, du questionnement, de l'examen et d'une saine appropriation.

Face à cette surabondance de savoir, nous ressemblons un peu à des personnes affamées à qui l'on aurait présenté une quantité énorme d'aliments variés. Elles se jetteraient dessus sans savoir apprécier, sans pouvoir digérer, et sans faire de leur alimentation un apport bénéfique à la santé de leur corps.

Je partage le point de vue de Socrate ; la philosophie orale me semble détenir encore plus de sens que la philosophie écrite. Cela n'implique pas l'abandon de l'écriture, bien sûr, mais nous devons garder à l'esprit que c'est à travers le dialogue que la philosophie prend réellement vie.

Malgré la mise en garde de Socrate, le dialogue n’a pas été privilégié dans la tradition philosophique occidentale.  Probablement parce qu’il présente un certain nombre de difficultés que je détaillerai plus loin. 

L’écrit l’a emporté, les livres se sont multipliés, s’accumulant dans les bibliothèques. Ces derniers sont censés nous faire réfléchir et améliorer l’humanité, la rendre plus intelligente et plus sage, mais jusqu’ici, nous ne voyons pas vraiment le résultat et cela, même chez les érudits et les lettrés. 

Cette prolifération d’ouvrages, nous informe peut-être sur notre rapport au savoir… Parfois il semble qu’écrire un livre soit un but en soi et l’on admire généralement une personne qui écrit des livres, quel que soit parfois le contenu et la valeur de ce livre pourvu qu’il soit publié.

Bien sûr, l’exercice écrit est riche pour celui qui s’y livre, car cela lui permet de porter son attention, de développer ses idées et de les partager mais de mon point de vue, l’écrit est un moyen pour développer son esprit, mais un moyen seulement, c’est un exercice, un entraînement, il ne remplacera jamais la richesse du dialogue.


Je voudrais donc ici redonner ses lettres de noblesse à la philosophie vivante par le dialogue, une philosophie où l’intelligence collective compte plus que la pensée d’un individu remarquable

À travers la pratique philosophique nous renouons avec l’approche socratique. 

Dans cet écrit je voudrais montrer en quoi consiste un dialogue philosophique, les obstacles que l’on voit généralement se dresser devant soi lorsqu’on entreprend ce type de dialogue, puis l’intérêt qu’il y a malgré tout à développer cette approche de la philosophie.





 Qu'est-ce qu’un dialogue philosophique ?



Une définition inhabituelle du dialogue

“Cultivons le dialogue”, “ils se sont accordés grâce au dialogue”, le mot "dialogue" revêt une connotation très positive dans notre langue. Il est généralement synonyme d’entente, d’harmonie, d’ouverture; il est censé permettre une compréhension et une pacification des relations, s'opposant ainsi au conflit, à la guerre et à toutes sortes de violences, à l’incompréhension et à la fermeture d’esprit.

Cependant, une fois cela dit, notre définition du dialogue est souvent assez sommaire. Il nous semble que pour qu'il y ait dialogue, il suffit qu'il y ait au moins deux personnes présentes qui parlent tour à tour et se répondent avec des temps de parole équilibrés.

Par ailleurs, nous faisons tous l’expérience de parler avec d’autres personnes, que ce soit en famille, en couple, avec nos amis ou nos collègues, et cela nous donne le sentiment de savoir ce que signifie dialoguer.

Or, le dialogue philosophique implique un exercice très différent de ce à quoi nous sommes habitués. La première fois que certaines personnes participent à un atelier philo, elles sont déroutées, au point parfois de perdre complètement pied. Il arrive qu’elles soient trop désarçonnées et ne supportent pas ce type d’échange philosophique. 

Afin de tenter de préparer un peu à ce type d’exercice les personnes qui souhaiteraient s’y essayer, je vais montrer de quoi il en retourne en commençant par distinguer le dialogue philosophique de ce avec quoi on pourrait le confondre.



Le dialogue philosophique n’est pas une succession d’expressions libres et sans règles.


Quand nous parlons au café, avec nos amis ou en famille, nous avons l’habitude d’une succession apparemment libre et sans règle des prises de parole. Chacun semble dire ce qu'il a à dire au moment où il en a envie. Si nous avons l’impression de liberté dans ce type de discussion, nous sommes toutefois probablement dans l’illusion, car il existe en réalité des règles tacites et selon les contextes, certains se sentent plus légitimes que d’autres à prendre la parole.

Cela ressemble d’ailleurs à une forme de prise de pouvoir puisque la personne qui parle, capte l’attention des autres.

Lorsque certaines personnes ont l’habitude d’occuper le terrain en faisant des blagues, en donnant des informations ou en délivrant du savoir pour instruire les autres, en principe, nul ne vient ouvertement les en empêcher. Si une personne se risquait à le faire, elle serait probablement mal perçue, car nul n’est censé couper la parole. Les auditeurs hésitent donc à interrompre par crainte d’être mal jugés.

À l’inverse de ce qui semble se passer naturellement, le philosophe qui anime un dialogue philosophique fait respecter des règles très différentes des codes auxquels nous nous soumettons tacitement en société. À l'instar de ce que faisait Socrate, lorsqu’un propos est trop long, il l'interrompt afin de pouvoir suivre les idées du locuteur sans se perdre. Il encourage également chacun et chacune à proposer ses idées, à se positionner sur ce qui vient d’être affirmé : est-il d’accord ou non ? Le ou la philosophe bouscule donc le mécanisme qui se met habituellement en place dans un groupe, les uns occupant le terrain en s’emparant de la parole tandis que les autres s’installent plus ou moins confortablement dans le rôle d’auditeurs passifs. 

Le philosophe socratique invite, au contraire, chacun à participer activement en proposant ses idées et en prêtant attention à celles des autres. Ainsi, il  renverse les logiques, il change les habitudes qui sont un carcan pour la pensée. Dès qu’il parvient à mettre un peu d’huile dans les rouages tout en donnant un cadre à la discussion, à la plus grande joie de tous, on constate souvent que des idées nouvelles émergent de ce fonctionnement nouveau. Dans ce cas, le ou la philosophe a réussi à faire fonctionner l’intelligence collective.



Le dialogue philosophique n’est pas une succession de rebondissements.

Lorsque nous dialoguons "naturellement" au café, en famille ou entre amis, généralement, nos propos rebondissent les uns sur les autres et nous juxtaposons des monologues plus ou moins en liés entre eux. Quelqu’un dit quelque chose qui nous fait penser à autre chose et ainsi de suite. Nos échanges ressemblent ainsi un peu à la chanson "marabout, bout d' ficelle, selle de cheval, ch’val de course, course à pied, pied à terre, terre de feu…". À la fin de la discussion, nous ne nous souvenons plus du tout de la raison pour laquelle nous en sommes arrivés à parler de ce dont nous sommes en train de parler. Certes, cette façon d’échanger avec les autres  a quelque chose d’agréable, nous nous laissons aller sans effort au fil d’une discussion sans beaucoup d'enjeux, comme un courant qui nous emporte. Dans ce cas les paroles nous bercent, nous divertissent, nous évitent même parfois de penser, car si le langage peut dévoiler l’être, il peut aussi le voiler et nos esprits s’endorment alors dans le confort de productions ouatées  mais souvent inconsistantes. 

L’exercice philosophique est tout autre. Dans un dialogue philosophique, il n’est pas question de prendre pour prétexte ce qu’une personne vient de dire pour dire à son tour ce qu’on a envie de dire. Autrement dit, au cours de ce type de dialogue, nous ne fonctionnons pas sur le mode analogique "ce que tu dis me fait penser à ceci". Remarquons au passage que la façon habituelle de dialoguer est d’ailleurs assez autocentrée, puisque nous utilisons ce que dit l’autre pour dire ce que nous voulons dire.

Le dialogue philosophique invite à être beaucoup plus attentif à la parole de l’autre. Dans ce cadre, il n’est pas question de rebondir, mais d’avancer lentement et étape par étape, ce qui demande de la patience. Tout d’abord, avant de nous précipiter à dire ce que nous avons envie de dire, avons-nous bien compris ce que l’autre dit ? Serions-nous en mesure de le répéter ? Si ce n’est pas le cas, deux possibilités, soit son propos est confus, soit nous n’avons pas été attentifs, trop absorbés par ce que nous voulions dire. Alors, il s’agit de reprendre jusqu’à ce que chacun des participants au dialogue comprenne. Une fois l’idée comprise, chacun la questionne pour l’approfondir ou pour formuler une objection.



Le dialogue philosophique n’est pas un débat.

Au chapitre huit du livre trois des Essais, intitulé “De l’art de converser”, Montaigne écrivait : “Je m’avance vers celui qui me contredit, qui m’instruit.” Tout ce chapitre est d’ailleurs très inspirant et peut servir de modèle à celui ou celle qui souhaite animer des dialogues philosophiques. Pour Montaigne, il s’agit de chercher la vérité ensemble et non d’avoir raison. Il remarque qu'on cherche trop souvent à se défendre immédiatement quand on nous fait une critique. Généralement, on ne prend pas le temps de l’écouter et l’on sort rapidement les griffes au lieu de lui tendre les bras.

Le dialogue auquel aspire Montaigne, tout comme les praticiens philosophes, ne saurait être confondu avec les débats, les joutes verbales où chacun veut briller et faire parade de son esprit, de son “caquet” comme il l’écrit, et où ce qui importe c’est de l’emporter. Ce type d’attitude et de rapport au langage ne conduit qu’à exacerber les égos, à nourrir la colère et les ressentiments, attitude sotte et stérile : “Nous n’apprenons à disputer que pour contredire, et, chacun contredisant et étant contredit, il en advient que le fruit de nos controverses, c’est de perdre et anéantir la vérité.”

Ce n’est pas le but de Montaigne ni des participants à un atelier de pratique philosophique qui cherchent autre chose : “Je fais la fête à la vérité, lui tends les armes, vaincu d’aussi loin que je la vois approcher.” Montaigne évite donc les esprits bas et maladifs, ceux qui ne cherchent qu’à emporter le morceau. Ils sont néfastes, car ils ont quelque chose de contagieux et ils peuvent nous entraîner et nous perdre dans des luttes stériles.

En atelier de pratique philosophique, c’est l’une des difficultés que l’on rencontre :  la lutte des égos. Il s’agit alors de faire la différence entre celui qui contredit seulement pour montrer qu’il a raison et celui qui contredit par goût de la vérité. Assez souvent, le premier s’emporte, le ton de sa voix peut être véhément, il ne prend pas le temps d’écouter ou bien, s’il parvient à adopter une attitude plus posée, plus enrobée de jolis mots, de connaissances et de sophistique, il cite, expose ses connaissances, mais il ne questionne pas ce qu’il pense. Il n’est pas à l’écoute, il veut convaincre et n’a de cesse que de trouver des arguments pour renforcer ce en quoi il croit déjà. Mais pourquoi y croit-il au fait ? Il n’a pas pris le temps de se poser la question.

Le second est plus joueur, il écoute. Il n’a pas de conviction particulière, mais il formule des hypothèses dont il pense que certaines ont davantage de sens que d’autres jusqu’à preuve du contraire. Il soumet ses hypothèses à la critique des autres et si ces derniers trouvent mieux, il change d’avis. Sa curiosité le rend exigeant. Quand il questionne ou critique, c'est pour mieux comprendre, il attend de vraies réponses. Il se demande aussi régulièrement ce qui peut bien faire qu’il adopte une idée plutôt qu’une autre, il ne s’accroche à aucune d’elles comme à une vérité absolue et définitive. Il s’interroge sur le cadre général dans lequel il construit ses pensées.

Avec le premier, il est difficile de dialoguer tant qu’il ne change pas de posture (peut-on l’aider à en changer ? C’est un des buts des ateliers de pratique philosophique : nous aider à prendre conscience de nos difficultés à penser). Avec le second, le dialogue devient plus stimulant. 

Mais nous ne sommes pas monolithiques, même si chacun de nous aime croire qu'il appartient au camp des esprits ouverts, il est très probable qu'il adopte tantôt l’attitude sotte, tantôt celle plus ouverte... Cette dernière s'entraîne et suppose une bonne connaissance de soi. Elle se développe, mais nous ne sommes jamais à l’abri d’un faux pas, d’une rigidité subite. C’est pourquoi les ateliers réguliers de pratique philosophique peuvent nous aider à conserver une certaine santé dans l’exercice de nos pensées.


Le dialogue philosophique n’est pas une effusion des âmes 

On peut distinguer entre les humains deux types de liens :

1° Des liens plutôt fusionnels par lesquels on se sent proche les uns des autres (comme dans l’amour, les liens familiaux, voire nationaux) ces liens ont quelque chose de rassurant. Ils nous donnent le sentiment que nous sommes liés, que nous sommes solidaires, que nous nous comprenons parfaitement, que nous sommes sur la même longueur d’onde. C’est alors comme si notre petit être se trouvait soutenu par le reste du groupe. Ce type de lien peut donner une force, une forme de confiance. Mais le problème c’est que cela peut aussi devenir fragilisant, nous vivons alors tout désaccord, toute critique comme une perte, un abandon, un moment de solitude insupportable, voire une négation de nous-mêmes. Souffrance à laquelle nous réagissons parfois avec violence. Alors pour éviter de tomber dans ces extrêmes nous évitons de dialoguer, nous faisons comme si nous nous comprenions, nous sommes (ou plutôt nous nous faisons croire que nous sommes) installés dans l’effusion des âmes. 

2° Mais il existe aussi des liens qui ne sont pas fusionnels (ou du moins qui ne se contentent pas de l’être), des liens qui relient des êtres indépendants, des êtres qui ne se confondent pas dans une masse indistincte, des êtres qui ne craignent pas la solitude et qui n’ont pas essentiellement besoin d’être rassurés. Dans ce cas, ils ne se considèrent pas comme des frères, des soeurs ou des membres d’une famille, d’un groupe ou d’une nation, mais  plutôt comme des amis, ils cherchent non à se réconforter, mais à se grandir mutuellement et pour cela, quoi de mieux que les questions et les critiques ? Celles qui portent sur nos idées et pourquoi pas aussi sur nous-mêmes ? Celles aussi qu’on ose porter à l’autre, car on voit un problème dans son idée ou même dans son attitude. Qui dit critiquer ne dit pas insulter bien sûr. Or nous vivons dans une époque où l’on ne parle que de bienveillance, mais où l’on bascule aussi très vite dans l’anathème et la violence car on ne sait pas se critiquer, questionner et dialoguer philosophiquement comme les amis savent le faire.

Il y a des êtres humains qui aiment se serrer les uns contre les autres, ils s’appellent alors entre eux « mon frère », « ma soeur », ils parlent de « fraternité » ou de « sororité », mais en se serrant les uns contre les autres, ils risquent d’oublier de dialoguer et de réfléchir, ils se rassurent, ils se soudent entre eux formant des groupes qui entrent alors en antagonisme avec d’autres groupes comme on le voit par exemple les partis politiques, les religions et les peuples etc. Dans ce cas, le monde se borde de frontières, il y a les frères, les soeurs et les autres. Il n'y a plus de genre humain et pas de dialogue philosophique. Il y a aussi plus rares, quelques humains qui aiment réfléchir ensemble, porter joyeusement la critique et nécessairement aussi la recevoir. Ainsi Hannah Arendt parle-t-elle de “l’amitié politique”, courante dans l’antiquité, mais dont nous n’avons plus trop idée aujourd’hui, c’est précisément ce type d’amitié que développe la pratique du dialogue philosophique.


Qu’est-ce qu’un dialogue philosophique ?

J’ai montré ce que n’est pas un dialogue philosophique, il est temps maintenant de le définir en positif et de dire en quoi il consiste.

Le dialogue philosophique est un échange structuré et réfléchi entre individus qui ne se contentent pas de s’exprimer quand cela leur chante. Il se caractérise par une recherche commune de la vérité au moyen de la raison. 

Contrairement à d'autres formes de communication, il se distingue par son orientation : l'exploration partagée des idées plutôt que la défense de positions personnelles. L’exercice implique une écoute active et une ouverture aux perspectives diverses. Les participants s'efforcent de comprendre les opinions des autres et de les questionner avant d'élaborer et de proposer les leurs, favorisant ainsi un processus dynamique de questionnement et d'approfondissement des concepts.

En évitant la compétition, le dialogue philosophique encourage une atmosphère plus collaborative qui vise à élargir la vision collective plutôt qu'à démontrer la supériorité individuelle.

 Lors d’un dialogue les participants ne se contentent pas d’exposer des opinions qu’ils possédaient déjà avant de se trouver ensemble, mais les interactions font émerger des idées nouvelles. Ces dernières se forment et se développent au cours des échanges ce qui donne au dialogue une dimension vivante. 

Pour atteindre un tel objectif, le ou la philosophe animatrice du débat doit donc inviter les participants à prendre le temps le temps de la réflexion pour ne pas répondre du tac au tac. Il ou elle impose un rythme lent pour freiner les passions réactives, ce qui lui demande de la force et de la détermination.



II Les obstacles au dialogue.


Animer un atelier de pratique philosophique avec la méthode socratique, n’est donc pas de tout repos. Depuis une dizaine d’années que je philosophe en allant ici où là questionner mes contemporains, j’ai pu observer chez les autres, chez moi-même et dans nos interactions, un certain nombre d’obstacles au dialogue philosophique. Je vais les détailler ci-dessous.


Remarques sur les obstacles.

Il ne s’agit pas de déplorer ces obstacles, car ils sont inhérents à l'exercice même du dialogue. On ne peut pas dialoguer sans rencontrer un certain nombre de difficultés qui entravent le processus, tout comme on ne peut pas faire une marche en montagne sans se confronter à un chemin plus ou moins raide à grimper ou à escalader, sans ressentir parfois la fatigue ou être entravé dans sa progression par la soif, des ampoules, ou des crampes. Mais sans ces obstacles, si nous étions propulsés au sommet de la montagne en hélicoptère, la marche perdrait tout son intérêt.

Il en va de même pour le dialogue. Les obstacles que l'on parvient à surmonter, qu'on les trouve en soi, chez l'autre, entre nous, dans le processus de réflexion ou dans les concepts abordés, constituent tout l'intérêt, tout le sel du dialogue. C’est ce qu’on lit par exemple dans le Ménon de Platon, souvent la réflexion bute parce qu’une mauvaise piste a été empruntée parce qu’on aboutit à une impasse et il faut essayer autre chose, parce que les participants ne parviennent pas à définir la vertu, parce que Ménon qui dialogue avec Socrate, à un moment donné se sent complètement perdu, il prend conscience qu’il ne sait pas ce qu’il pensait savoir, il se sent comme paralysé par une torpille. Le voilà plongé dans la plus grande perplexité. Tous ces obstacles extérieurs et intérieurs procurent au lecteur de Platon le plaisir d’un cheminement dialectique. Ce qui importe ce n’est pas le résultat, c’est le chemin parcouru.

Les obstacles au dialogue peuvent donc être considérés comme des défis intéressants : ils obligent à faire preuve de créativité, d'inventivité et parfois aussi d’humilité et d’acceptation quand on ne parvient pas à les surmonter.



Obstacle n°1 La méfiance.

Assez souvent, lors d'échanges entre humains, la méfiance crée des obstacles. Cette attitude est-elle héritée d'un atavisme issu de temps plus anciens, où l'on percevait l'autre comme une menace pour notre survie ? Aujourd’hui, il n’en va plus en général d’une survie physique, mais il est plutôt question de survie symbolique, il faudrait préserver notre image, la défendre.

Lorsque les interlocuteurs sont méfiants, ils adoptent des attitudes qui nuisent au dialogue. Soit ils ne disent pas ce qu'ils pensent, ne prennent pas position, se taisent, ou encore deviennent obséquieux. De cette manière, ils pensent éviter la critique. Ou bien, à l'inverse, ils affirment avec véhémence ce qu'ils pensent, comme s'il n'était pas possible de penser autrement, comme s'ils avaient définitivement trouvé la vérité.

Les premiers sont discrets ; on ne les entend pas, on ignore ce qu'ils pensent. Les seconds sont beaucoup plus visibles, ils occupent le terrain. Les deux attitudes peuvent se compléter et coexister, mais elles représentent toutes deux un obstacle au dialogue.

Chacun d’entre nous peut se demander ici, quelle attitude il a plutôt tendance à adopter.  Parfois d’ailleurs, il arrive qu’une même personne passe de l’une à l’autre selon les contextes. Les uns brillent en public, tandis qu’en famille, ils font profil bas, pour d’autres c’est l’inverse, d’autres encore adoptent la même attitude en public et en privé.)


Dans les deux cas, qu’on se mette en retrait ou bien qu’on cherche à s’imposer, on est préoccupé par son ego, par l’image que l’on veut donner de soi ou par l’idée de la préserver. Dans les deux cas, on est prisonnier d’une préoccupation qui se limite à soi-même, on ne parvient pas à accéder à la raison. On n’a pas le souci d’une dimension plus élevée, plus libre et transcendante, quelque chose qui nous dépasse comme la quête de vérité, de la beauté ou de la bonté pour paraphraser Platon pour qui le vrai, le bien et le beau sont des concepts transcendants vers lesquels nous devons tendre.


La méfiance est liée à un certain nombre de craintes qui peuvent nous entraver au cours d’un dialogue. 


La crainte de perdre la face 

Nous craignons  que l’autre nous impose son idée, nous manipule, l’emporte sur nous. Dans ce cas, nous concevons l’échange comme un rapport de force, l’exercice d’un pouvoir. Le dialogue est perçu et vécu comme une lutte où l’un va l’emporter sur l’autre et où l’on risquerait de perdre. L’échange devient alors le terrain d’une sorte de lutte symbolique. On veut l’emporter, on veut avoir raison, on ne se soucie pas d’exercer sa raison. 


Conséquences de cette crainte

Lorsque nous sommes animés par cette crainte, pour l’emporter et ne pas perdre la face nous faisons un usage  rhétorique du langage. Nous mobilisons dans ce cas des procédés qui ont été répertoriées par Schopenhauer dans son livre De l’art d’avoir toujours raison. Pour l’emporter dans ce rapport de force, toutes sortes de ruses langagières plus ou moins subtiles peuvent être utilisées. Ces procédés constituent des obstacles à la réflexion.

En voici quelques exemples :


  • Calcul et procès d’intention : la personne prête des intentions à son interlocuteur, elle lui fait dire ce qu’il n’a pas dit, en le caricaturant ou en exagérant son propos. ex:  “Toi qui dis toujours”…. Il s’agit de l’argument de l’homme de paille. Il arrive aussi que nous tentions d’anticiper les coups, nous nous demandons où l’autre veut en venir, nous voulons le coincer avant qu’il ne nous coince. Nous ne sommes pas prêts à examiner librement une idée. 

  • Pinaillage. On peut se mettre à pinailler sur un terme, à s’accrocher à un détail. On ne voit plus l’ensemble. On perd l’enjeu de la discussion et on se fourvoie dans des arguties. Exemple : “Tu dis qu’il faut écouter et moi je te dis qu’il faut entendre ce que dit l’autre et que ce n’est pas du tout la même chose écouter et entendre…Tu parles d’addiction et moi je te parle d’obsession mais ce n’est pas du tout pareil…”

Parfois ces distinctions ont du sens bien sûr, mais elles peuvent servir aussi à chercher à avoir raison, à emporter le morceau.

  • On confond le possible et le probable : on raisonne sur du possible or comme tout est toujours possible, on a toujours raison quand on argumente sur ce qui peut être ou se produire. Par exemple :  on utilise des formules du style, “je ne suis pas totalement d’accord”, “pas forcément”, “pas complètement”. Avec ce genre de formule on est assuré d’avoir toujours raison car à peu près tout est toujours possible et rien n’est forcément, ni totalement, ni complètement. 

  • Attaque ad personam, tes propos sur l’éducation ne valent rien car tes enfants sont odieux..


Lorsqu’on est obnubilé par l’idée de l’emporter, nos affects, nos émotions se mettent de la partie. Nous recherchons à nous défendre ou à attaquer, nous n'entendons plus ce qu’on nous dit. Observons quelqu’un qui veut avoir raison, il est sur la défensive, il est préoccupé par l’idée de contrer l’autre, il est en général incapable de répéter une idée dont il pense qu’elle s’oppose à son point de vue. Le débit de parole s’accélère, le dialogue au lieu d’une confrontation libre d’idées vire au conflit.


Le contrôle des émotions pourra être plus ou moins maîtrisé, certains sauront utiliser des procédés rhétoriques d’autres seront plus démunis, mais dans tous les cas lorsque la crainte anime les participants d’un  échange, on ne peut pas dialoguer librement et philosopher.


La crainte de paraître idiot. Cette crainte est reliée à la crainte de perdre la face. Car si l’autre l’emporte nous nous sentons infériorisé et donc idiot. Nous craignons alors de ne pas être considéré comme un interlocuteur valable, d’être mal jugé. Cette crainte court-circuite le dialogue, l’empêchant de s’établir.


Conséquences de cette crainte :

  1. La personne n’ose pas se positionner, proposer une idée. La méfiance la conduit à ne rien dire, à ne pas choquer, ou encore à tenir un discours assez flou dans lequel on ne parvient pas à décrypter clairement ce qu’elle pense.

  2. La personne cherche à en imposer avec ses connaissances. Plutôt que de se mettre à questionner, à chercher des idées, elle expose ou cherche à transmettre son savoir, mais exposer son savoir c’est autre chose que se mettre dans une posture de réflexion qui implique de chercher des hypothèses.


Remarquons au passage diverses fonctions du langage, nous pouvons parler pour : transmettre un savoir, pour donner une information, pour donner un ordre, pour prier, pour demander, pour partager un ressenti et enfin pour dialoguer dans le sens philosophique de ce terme. La pratique philosophique nous invite à prendre conscience de ces diverses fonctions du langage, elle encourage bien sûr celle du dialogue.



Crainte du conflit

Nous avons tous fait l’expérience de conflits fatigants et stériles où l’on ne parvient pas à s’entendre où les affects prennent le dessus. Parfois nous confondons discuter et se disputer. En général on vit les disputes comme éprouvantes et l’on cherche les moyens de les éviter. 


Conséquence de cette crainte

Par crainte du conflit et de la dispute, nous n’osons pas exprimer clairement notre désaccord. Nous prenons des pincettes qui risquent de rendre la discussion confuse. Nous ne nous positionnons pas clairement, nous faisons du “oui, mais”. Dans ce cas, le dialogue ne progresse pas.


Crainte de l’ennui, recherche du conflit

Certains plus belliqueux, aiment au contraire le conflit pour les émotions et l’adrénaline que cela procure. Ils ont le goût pour la polémique, cette attitude se développe beaucoup sur les réseaux sociaux où l’on ne risque pas grand-chose derrière son écran. On confond dans ce cas le dialogue posé et réfléchi avec le débat plus agité et plus télégénique. 


Le débat ne comporte pas de silence et de temps morts à l’inverse du dialogue philosophique qui implique une certaine lenteur active et une place pour le silence. Dans le dialogue nous cherchons ensemble une vérité, dans le débat on cherche à l’emporter sur l’autre et tous les coups sont bons.



Obstacle n°2 : puissance des émotions, enjeux affectifs.

Dans toutes les formes d’interactions nous éprouvons des émotions, nous nous sentons plus ou moins en confiance, certains thèmes peuvent nous tenir excessivement à coeur, dès qu’il est question de tel ou tel phénomène de société ou de telle question politique nous sommes à fleur de peau et nous réagissons avec excès. 

En outre, nous éprouvons parfois des sentiments pour nos interlocuteurs. 

Et quand nous laissons nos émotions prendre le dessus, cela peut évidemment entraver le dialogue.

Si par exemple, nous sommes animés d’animosité à l’égard de notre interlocuteur nous aurons parfois du mal à approuver ses propos voire simplement à les écouter, alors qu’il est tout à fait possible qu’ils soient justes et qu'ils aient du sens. 

Si au contraire nous avons de l’amour ou de la sympathie pour lui, nous aurons du mal à critiquer ses propos alors qu’ils ne nous semblent pas justes ou pas clairs.


Conséquences : le dialogue dans lequel on recherche en principe à s’acheminer vers la vérité, sera faussé par des enjeux d’une autre nature, plaire, ne pas déplaire, être aimé, etc.


Obstacle n°3 : inertie, divertissement, absence d'écoute, manque de présence et…smartphone.

L’inertie est un principe physique et général qui révèle une difficulté au changement, une résistance à toute modification. Le changement est coûteux, pénible. Au dialogue philosophique qui demande des efforts inhabituels, nous préférons ce que nous connaissons :  le bavardage, la juxtaposition de monologues, les propos qui n’engagent pas ou encore les débats d’opinion.


Pour interrompre une telle inertie, nous avons besoin d’une motivation forte, d’une obligation ou d’un plaisir immédiat, ce que procure difficilement l’activité de la pensée et le véritable dialogue. 

Il faut en effet du temps pour en comprendre et en sentir le bénéfice et la joie subtile qui l’accompagne. L’exercice est tellement déroutant, l’effort est si difficile à fournir que même si dans le meilleur des cas, nous en percevons vaguement l’intérêt nous y renonçons rapidement.

Nous préférons souvent les plaisirs faciles que procurent le bavardage, l’usage du smartphone et des réseaux sociaux, même si à force d’en abuser nous finissons par éprouver le dégoût de l’inanité et de la perte de sens.

Alors dans les lignes qui suivent je vais revenir sur l’intérêt qu’on peut trouver à sortir de notre inertie et à se lancer dans la pratique des ateliers philosophiques.




III Pourquoi s’exercer au dialogue dans des ateliers de pratiques philosophique ?


La pratique du dialogue socratique entraîne un certain nombre de bénéfices pour celui ou celle qui y participe régulièrement, mais c’est aussi une richesse d’un point de vue général pour l’ensemble d’une société où ce type de dialogue se pratique.


Verbalisation

Le dialogue permet de connaître les idées de l’autre et de connaître ses propres idées. Comme le soulignait Hegel, tant que nos idées ne sont pas formulées, elles restent à l’état latent, elles ne sont pas encore pensées. C’est seulement leur mise en mots qui nous permet de leur donner forme et de les faire exister réellement.

Penser tout seul et penser avec d’autres ce n’est pas la même chose. Chacun fait l’expérience de ses pensées intérieures qui s’apparentent souvent à flux sans liens précis, à des rêveries, parfois à des ruminations ou des pensées obsessionnelles de toutes sortes. Lorsque nous sommes seuls, nous subissons généralement nos pensées, elles viennent à nous et s’imposent, à moins d’être entrainé à les stopper par la méditation de pleine conscience ou encore à les guider et les orienter par une méditation philosophique. Cet exercice est beaucoup plus aisé lorsque nous nous trouvons en présence d’autres personnes dans une situation de dialogue. L’oralisation des idées permet de prendre de la distance avec elles, de les examiner et de les questionner. 

Le dialogue encourage cette mise en forme car nous devons répondre à l’autre, cheminer avec lui dans la plus grande clarté possible. Le dialogue nous aide à sortir de la confusion, à ne plus nous contenter de subir nos pensées pour en devenir davantage les auteurs et même les artistes.


   

Croissance intellectuelle. 

En affrontant la remise en question de leurs croyances et en reconnaissant leur ignorance, les individus ont l'occasion de se mettre dans une démarche de questionnement et de recherche active. C’est ce que l’on observait déjà dans les dialogues de Platon où au départ les participants pensent savoir et possèdent des idées bien arrêtées sur la vertu, la piété, le courage, la rhétorique, le langage, etc. Finalement le questionnement de Socrate les pousse à douter de leur savoir et de ce qu’ils tenaient pour acquis. Or savoir qu’on ne sait pas même si cela déstabilise, est la condition pour se mettre en quête, car celui qui pense déjà savoir ne fournit aucun effort. Petit à petit, grâce à la pratique du dialogue socratique, le participant prend goût à cet exercice de recherche. Il fait l’expérience de ne pas se contenter de la première idée venue, il devient plus créatif, il apprend à chercher de nouvelles pistes, à changer et à élargir ses perspectives. 

Il gagne à la fois en souplesse et en fermeté. En souplesse, car il n’a pas de certitudes établies une fois pour toutes, il est prêt à questionner tout ce en quoi il croit, prêt à douter, mais ce doute méthodique ne le conduit pas pour autant au chaos. Son esprit critique se développe et le renforce. 

Il gagne en fermeté car lorsqu’il adopte une idée, il a pris le temps de l’examiner, il connaît le paradigme dans lequel elle s’inscrit. Il sait que son idée est valable dans une certaine perspective, mais qu’il est possible aussi d’en changer. Une telle attitude s’accompagne d’une certaine humilité, car si l’on sait que certaines idées ont plus de sens que d’autres, elles n’ont pour autant rien d’absolu, rien de définitif.


Développement émotionnel :

La pratique du dialogue socratique implique une meilleure connaissance de soi avec l’habitude d’observer ses réactions émotionnelles face au changement, à la déstabilisation quand  nos croyances sont remises en question ou quand nos contradictions sont mises au jour.

Petit à petit la confiance en soi se renforce, le participant apprend à questionner ses propres croyances sans pour autant se sentir perdu ni se mettre sur la défensive. Il ne craint pas l’erreur. Il sait douter sans trembler. Joueur, il sait prendre des distances et il ne s’identifie pas totalement à ce qu’il pense. Il travaille des hypothèses qui font plus ou moins sens,  mais il n’éprouve nul besoin d’en faire des certitudes, il gagne en liberté et n’a pas besoin de s’accrocher à des dogmes pour diriger son existence.

En outre, il apprend à surmonter sa peur des jugements extérieurs car il consolide ses jugements intérieurs. Il constate que des jugements dépréciatifs ne le détruisent pas et que les jugements valorisants ne lui sont pas indispensables. 

Il prend l’habitude d’articuler et de partager ses idées en public, tantôt, il les assume sans pour autant s’entêter, tantôt il change d’idée quand l'une d'elle lui paraît mieux fondée et plus intéressante que celle qu’il avait pour commencer. Cela favorise une plus grande flexibilité intellectuelle.


Bénéfice relationnel :

Lorsqu'ils engagent un dialogue philosophique, les participants aspirent à découvrir une vérité avec les autres. Ils sont convaincus que leurs idées sont perfectibles et ils n'hésitent donc pas à les exposer, les soumettant ainsi à la critique. Vouloir trouver une vérité avec l'autre implique une confiance mutuelle. On ne sait pas précisément ce qui va se passer, mais on s'engage dans cette quête en ayant confiance en soi-même pour évoluer, en l'autre pour faire le même cheminement, et en la vérité qui pourrait se révéler à un moment donné.

Comme mentionné précédemment, un dialogue n'est ni un échange vertical où l'un cherche à dominer l'autre, ni un échange purement horizontal où tous les propos seraient acceptés au nom d’un relativisme mou qui reviendrait à dire que tout se vaut et que donc rien n’a de valeur. Le dialogue philosophique intègre une dimension transcendante où les participants cherchent à s'élever ensemble vers la vérité. Ils découvrent des idées qu'ils considèrent comme vraies, en harmonie avec une partie de la réalité.

Cependant, cette élévation n'est pas uniquement théorique ; elle a un impact concret sur les participants au dialogue. Au fil de la quête de vérité, ils deviennent plus authentiques, c'est-à-dire plus conscients d'eux-mêmes et de leurs limites, plus ouverts et moins méfiants.

Le dialogue contribue ainsi à construire une relation, basée sur un discours authentique, où l'on ose exprimer ses pensées sans dissimulation, sachant que l'autre parle avec franchise, que ses mots reflètent sa pensée, et qu'il saura formuler des critiques constructives. Un dialogue exigeant engendre donc des émotions positives, quelque chose qui s'apparente à l'amitié, selon la vertu dont parle Aristote dans l'Éthique à Nicomaque.



Bénéfice collectif :

Le dialogue apporte un bénéfice collectif dans la mesure où il favorise l'émergence d'idées qui n'auraient peut-être jamais été découvertes individuellement. Ces idées prennent naissance grâce à une intelligence collective qui stimule chacun et favorise la considération de divers points de vue.

Une société où les dialogues philosophiques se développeraient connaîtrait probablement davantage de confrontations constructives et moins de conflits délétères. Les conflits, souvent présents dans les débats télévisés, les discussions politiques, ou sur les réseaux sociaux, sont assez stériles. Ils entraînent un débordement émotionnel qui prend le pas sur le processus intellectuel et réflexif. En revanche, la confrontation constructive permet à chacun de se développer, d'apprendre de l'autre, et génère une émulation propice à la croissance.

Si, cher lecteur, chère lectrice, vous avez pris la peine de me lire jusqu'ici, comme mentionné précédemment, cet écrit ne constitue pas une fin en soi. Il vous invite maintenant à expérimenter les ateliers de pratique philosophique.


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