QUELLE EST LA PLACE DE LA SUBJECTIVITÉ DANS LA PRATIQUE PHILOSOPHIQUE ?
- Laurence Bouchet

- 2 mars 2018
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La place des émotions et de la subjectivité est centrale dans la pratique philosophique. C’est d’ailleurs ce qui distingue l’approche proposée d'un enseignement très théorique de la philosophie. Ici, le sujet est interpellé dans son être.
Il ne s’agit pas de philosopher pour s’abstraire du réel et de soi-même en pensant le monde de façon détachée, mais au contraire de philosopher pour se connecter le plus que l’on peut au réel et à travers ce réel à soi-même.
Je définirais le réel comme ce qui est autre et je l’opposerais au prolongement illusoire de soi. Se projeter partout soi-même et s’enfermer dans cette projection est une tendance très naturelle de l’être humain qui pense tout à son image. Lorsque nous rencontrons le réel, cette illusion cesse et nous saisissons notre limite bien réelle elle aussi.
Cette rencontre avec le réel et donc en même temps avec notre finitude, implique un ressenti subjectif et pas seulement une compréhension intellectuelle. Cela peut être douloureux dans la mesure où l’illusion est confortable et agréable.
Le réel nous connecte donc à nous-mêmes en nous ramenant à notre limite. C’est à l’intérieur de cette limite que nous pouvons agir et cette action procure une autre forme de satisfaction que celle de l’illusion de toute puissance : le plaisir de se sentir et de se savoir auteur de quelque chose aussi infime et insignifiant cela puisse-t-il paraître.
Que la place des émotions et de la subjectivité soit centrale ne signifie pas que l’intelligence, la logique et la rationalité n’aient pas la leur, sinon d’ailleurs quel rapport avec la philosophie ? L’intelligence, la logique et la rationalité sont précisément ce qui nous permet de nous confronter au réel, de nous mettre face à nous-mêmes et à notre finitude. Cela non pas pour fuir notre subjectivité, mais au contraire pour mieux l’ancrer dans un sentiment à la fois plus intense et plus authentique.
Une autre façon de présenter ces idées sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=eHUnKPP7Lvc
































Votre distinction entre philosopher pour s'abstraire et philosopher pour se connecter au réel et à soi-même est particulièrement éclairante. Cette rencontre avec 'ce qui est autre', comme vous le décrivez, est fondamentale. Elle nous pousse à reconnaître nos propres limites et à sortir de l'illusion de soi, ce qui est un cheminement souvent inconfortable mais profondément enrichissant. Dans cette quête de connexion authentique au réel et à l'autre, la capacité à véritablement percevoir et comprendre la perspective d'autrui, sans y projeter nos propres filtres, devient un défi central. C'est un aspect essentiel pour dépasser l'illusion et je me suis souvent demandé comment on pouvait concrètement évaluer sa capacité d'empathie pour mieux y travailler.