VOYAGE PHILOMOBILE JOUR 4 : Théorie et pratique.


Les journées sont très denses et intenses. Alors je prends quelques notes sur des attitudes et des façons de penser que nous rencontrons ici et là. Plus tard je reprendrai ces textes.

Nous enchaînons les ateliers et les consultations philosophiques. Il y a aussi la route, rouler tranquillement dans de beaux paysages puis rencontrer les habitants, partager un moment le temps d’un repas. Le soir établir notre campement pour la nuit et nous réveiller le matin en pleine nature, face aux montagnes.

LES ENFANTS : Dans cette classe de CP la maitresse m’a prévenue, les petits sont particulièrement agités. Je le constate en effet. Ils gigotent sur leur chaise et la règle de lever tranquillement la main avant de parler est rapidement oubliée. Je demande aux enfants s’ils aiment le brouhaha ou si cela les fatigue, sans hésiter ils répondent quasiment à l’unanimité que cela les fatigue. Mais alors, voilà qui est intéressant, pourquoi font-ils quelque chose qui les fatigue ? Les enfants ne savent pas et ne se sont pas posé la question. Ils ont fini par s’habituer à leur agitation comme s’ils ne pouvaient pas faire autrement.

En nous questionnant nous trouvons une hypothèse, s’ils finissent par faire tant de bruit c’est parce que chacun veut être le premier à répondre. Finalement nous comprenons que leur envie d’être les premiers à être remarqués l’emporte sur le désagrément de passer leur journée dans le brouhaha.

Évidemment une telle envie ne vient pas de nulle part et cela nous interroge sur les véritables valeurs que notre société véhicule. Nous avons beau proclamer qu’il ne faut pas chercher la compétition, tout dans nos actes prouve le contraire et les enfants se fient davantage à nos actes qu’à nos paroles pleines de bons sentiments souvent un peu creux.

Dans une autre classe de CM une enfant propose : cela peut être intéressant de ne pas être le premier car alors tu as du temps, on ne s’occupe pas de toi, tu peux tranquillement prendre le temps d’écouter ton coeur. Un autre enfant demande : « qu’est-ce que c’est que ça écouter son coeur ? » Elle répond, « écouter les pensées qui sont au fond de toi pas celles qui sont à la surface ».

LES ADULTES : Souvent nous sommes davantage théoriciens que praticiens même si nous prétendons l’inverse. Au début d’un atelier, je fais généralement un petit topo pour expliquer la démarche. Avec elle il s’agit d’un retour à la philosophie antique. On ne se contente pas de théoriser sur le monde, mais le sujet qui philosophe est impliqué dans la démarche et il s'exerce en travaillant sur lui-même. Il y a aussi des liens avec la philosophie existentielle pour laquelle la subjectivité est interpellée, il ne s’agit pas seulement de tenir des discours généraux, mais de s’engager dans sa parole ce qui conduit à le faire aussi dans ses choix et dans ses actes et d’assumer ces choix même s’ils posent un certains nombres de problèmes.

Tant que j’expose la théorie, tout va bien. Je vois autour de moi des personnes qui sourient en opinant du chef.

Mais dès que nous passons à la pratique, les choses se compliquent un peu. Si je fais remarquer à une personne que sa prise de parole est plutôt réactive que réfléchie, ou que son propos est assez confus et que d’ailleurs personne ne le comprend, que je l’interpelle dans sa façon d’être donc, alors là la voici un peu déstabilisée.

Dans une telle situation, plusieurs attitudes sont alors possibles qui révèlent elles aussi qui nous sommes. Certains, assez rares, rejettent ma personne, c’est vraiment mal que je fais, c’est choquant. D’autres se connaissent déjà un peu et sourient en se reconnaissant bien là. Cette prise de conscience d'un mécanisme et d'un mode précipité qu'ils connaissent, leur permet de le mettre à distance, de se poser et de prendre le temps de la réflexion. Pour d’autres personnes c’est la révélation, par exemple on ne leur a jamais dit que lorsqu’elles tiennent des discours trop longs leur interlocuteur se met à ne plus les écouter. Ces personnes finissent par monologuer pendant que l'autre en face attend que cela s’arrête. Mais comment peuvent-elles alors nourrir un véritable dialogue et une pensée philosophique qui suppose une rencontre avec l’altérité ? Car tant que nous sommes avec nous-mêmes nous ressassons, si nous acceptons de questionner et d’envisager un autre point de vue, nous commençons à philosopher.

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