FACE AU RACISME.





Atelier philo en prison. Ce jour-là Alain, un ancien de 70 ans, mais nouveau dans le groupe, arrive assez tendu. Il nous raconte qu’il n’en peut plus de son codétenu qui lui tient des propos racistes à longueur de journée. L’autre jour cela l’a tellement énervé qu’il a cogné dans le mur et s’est blessé la main. Je lui fais remarquer que son débit de parole est extrêmement rapide et qu’on peine à le suivre. Alain en convient et se pose.

Nous nous questionnons. Quel est l’intérêt d’adopter ce type de croyance en l’inégalité raciale des humains ? Stéphane propose qu’une telle façon de voir est rassurante. Pourquoi ? Parce que le raciste, pense qu’il y a des humains supérieurs à d’autres mais lui justement appartient au genre supérieur. Pourquoi a-t-il besoin de croire cela ? Parce qu’il se sent inférieur. Donc c’est par manque de confiance en lui qu’il affiche cette supériorité ? Oui, s’il était bien avec lui-même, il n’aurait pas besoin de ça. Hamza ajoute que le raciste s’épargne la fatigue de s’interroger sur lui-même car il fait reposer la cause de ses difficultés sur les autres, ces méchants qui lui prennent son travail, son argent…finalement à l’écouter il n’est pas responsable de sa vie.

Je poursuis le questionnement : est-ce important de comprendre le fonctionnement d’une personne raciste ? Oui répond Alain, car cela permet de s’améliorer. Pourquoi ? Parce d’une part on ne va pas se laisser influencer par ce genre d’idées qui rendent impuissant, ce n’est pas en rabaissant les autres qu’on prouve sa valeur et d’autre part on peut peut-être aider le raciste à sortir de là. Comment ? Justement je ne sais pas dit Alain qui reprend son débit trop rapide de parole. Est-il conscient de ce que produit cette façon de s’adresser aux autres ? Il ne sait pas. Veut-il savoir ? Oui. Youssef, un jeune de 19 ans, qui n’a encore rien dit, fait remarquer qu’un tel débit de parole a quelque chose d’agressif. Alain le reconnaît, d’ailleurs son codétenu qu’il supporte difficilement a le même débit de parole. Alors, au moins c’est une bonne chose car il vous renvoie un miroir ! C’est peut-être pour cela qu’il vous énerve autant ! Alain, le reconnaît en souriant. Mais que faire alors pour ne pas rentrer dans une bagarre où chacun veut convaincre l’autre qu’il a raison ? Moi je sais bien que j’ai raison, le racisme est une attitude stupide ! Mais Alain n’a pas d’idée sur la conduite à adopter. Youssef propose alors. Eh bien tu devrais simplement ne rien dire. Oui, tu as raison répond Alain, je m’en débarrasserai, je m’en fiche après tout de sa connerie. Non, rétorque Youssef, l’idée n’est pas de s’en débarrasser mais de l’aider à réfléchir. Si tu ne dis rien, mais que tu restes tranquille et attentif à lui, il va finir par s’épuiser, au bout d’un moment, il y aura un silence et peut-être que ce silence le fera réfléchir. Mais il est vrai que je suis optimiste, je fais confiance dans les capacités des êtres humains et je crois en la puissance du silence.

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