PEUT-ON VIVRE UNE RELATION AMOUREUSE SANS PROJETER ?


Voici quelques unes des idées qui ont émergé lors de l’atelier philo à Dijon du 15/10/22.

Dans la relation amoureuse il existe généralement deux formes de projections : la projection que nous faisons sur la relation elle-même : les projets que le couple va réaliser, par exemple acheter une maison, voyager, avoir des enfants et la projection que nous faisons sur l’autre, c’est-à-dire les qualités que nous lui attribuons exemple : sa sensibilité, son intelligence, sa générosité, sa douceur, etc.

Il semble impossible de ne pas projeter car alors il n’y aurait pas de relation. La projection n’est pas un problème en soi, mais elle peut le devenir si ses limites ne sont pas conscientisées.

Lorsqu’en couple nous envisageons un projet commun, le risque c’est que ce projet ne soit pas réellement commun. Nous sommes-nous souciés de la motivation de l’autre ?

Autre problème ce projet risque de nous empêcher de vivre le temps présent de la relation. Aimer, n’est-ce pas d’abord vivre ici et maintenant ce qu’il y a à vivre avec l’autre ? D’un autre côté quand l’ici et maintenant nous comble de bonheur, il est normal de désirer que ce sentiment perdure, d’envisager l’avenir ensemble et donc d’élaborer des projets.

Lorsque nous projetons sur l’autre des qualités, le problème est que souvent cette projection est intéressée, nous projetons parce que nous pensons que l’autre va combler nos manques. Par exemple nous pensons que notre amoureux.se est une personne douce et attentive parce que nous avons besoin de douceur et d’attention. Nous risquons fort alors de lui demander ce qu’elle ne peut pas toujours nous donner, cela pourra entrainer une vive déception ou encore une dépendance affective douloureuse.

Toutefois projeter des qualités sur l’autre n’est pas toujours néfaste. C’est parce que nous croyons en l’autre qu’il peut parfois déployer des qualités qui étaient en sommeil et dont lui-même ne se rendait pas toujours compte. Si je fais confiance en l’autre, cela peut lui donner confiance en lui. C’est ainsi que Pierre l’un des participants est devenu magicien. Un jour un de ses amis lui a dit « toi aussi, tu es magicien » et cela a créé un déclic chez lui. Il n’a eu de cesse de s’exercer et de s’accomplir (je témoigne pour avoir assisté à ses spectacles qu’il est devenu un véritable artiste magicien/poète/philosophe).

Mais -et c’est là une autre limite de la projection- il est possible aussi que l’autre ne désire pas/ ne puisse pas développer cette qualité que nous lui trouvons. Eric un autre participant, a parlé d’une femme qu’il aimait, il a pensé pouvoir l’accompagner à développer son projet d’entreprise, mais ce fut un échec, cette femme n’a jamais pu croire suffisamment en elle. Éric n’a pas cessé de l’aimer malgré ses difficultés, mais le couple a rompu. Éric s’est engagé dans une autre relation.

Une autre idée a émergé de ce riche dialogue, il est possible d’aimer une personne sans projeter, quand la relation n’existe plus (soit la personne est décédée, soit le lien est rompu). Toute forme d’attente a disparu de la relation car il n’y a plus de présence ni de connexion réelle possible, mais l’amour existe encore sous une autre forme dans le coeur de celui ou de celle qui aime.

Merci à Christophe, Pierre, Lucille, Isabelle, Claire, Florence, Éric, Laurence, Myram, Andréa, Florence, Pascale pour leurs idées.

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